Tumeurs des os primitives et secondaires

Item 307 UE X


Le tissu osseux peut donner lieu au développement de tumeurs dont certaines sont bénignes et d’autres malignes. Elles peuvent être :

  • primitives, développées à partir de différents tissus de l’appareil ostéoarticulaire ou de la moelle, bénignes ou malignes (tableau 27.1) ;
  • secondaires, dans le cadre du processus métastatique d’une tumeur située à distance.

 

Tableau 27.1 : Principales tumeurs primitives à localisation osseuse.

 Tissu d'origine Tumeur bénigne Tumeur maligne
Tissu osseux Ostéome ostéoïde
Ostéoblastome
Ostéosarcome
Tissu cartilagineux

Exostose

Enchondrome

Chondroblastome

Chondrosarcome
Tissu conjonctif Fibrome non ossifiant
Fibrome myxoïde
Fibrome chondromyxoïde
Tumeur à cellules géantes (TCG)
Fibrosarcome
Histiocytofibrome malin
Tissu hématopoïétique   Plasmocytome
Lymphome osseux
Tissus embryonnaires   Sarcome d'Ewing (neuroectoderme)
Chordome (notoderme)


 
Elles sont à distinguer des lésions pseudo-tumorales d’autre origine : infarctus osseux, kyste osseux essentiel (ou anévrismal).

1 - Circonstances révélatrices

Ces circonstances sont multiples :

  • douleur osseuse, en rapport soit avec l’extension de la tumeur (douleur d’horaire inflammatoire), soit avec une complication fissuraire ou fracturaire (douleur d’horaire mixte ou mécanique) ;
  • signes neurologiques de type radiculalgie ou compression médullaire dans le cadre des tumeurs vertébrales ;
  • tuméfaction osseuse ou des parties molles adjacentes ;
  • fracture pathologique.

L’interrogatoire (âge, caractérisation précise de la douleur…) et l’examen clinique permettent de retrouver des signes d’orientation pour une tumeur bénigne ou maligne.

L’imagerie permettra de préciser le diagnostic :

  • radiographie : ostéolyse, ostéocondensation, aspect mixte ;
  • scanner (permettant une analyse optimale de la trame osseuse et des limites corti-cales) : processus ostéolytique ou ostéocondensant, identification d’une effraction corticale, d’une
  • IRM (permettant une analyse globale tissulaire de l’os et des tissus adjacents) : ex-tension dans les parties molles ou vers les structures neurologiques.

2 - Caractère bénin ou malin

2.1 - Clinique

La clinique oriente :

  • vers la bénignité si l’on a la notion d’une évolution lente ou si les douleurs sont absentes, de rythme mécanique ;
  • vers la malignité si les douleurs ont un rythme inflammatoire et une intensité croissante, ou s’il apparaît des signes de compression nerveuse (médullaire, radiculaire ou tronculaire) ou d’altération de l’état général.

2.2 - Biologie

  • Les lésions bénignes ne sont associées à aucune anomalie biologique.
  • La présence d’un syndrome inflammatoire (CRP voire VS) ou d’une hypercalcémie se-ra évocatrice de lésions malignes.

2.3 - Radiographie

La radiographie, centrée sur la zone symptomatique, est le premier examen d’imagerie à réaliser. Elle permet de préciser la localisation de la lésion et de rechercher des signes évocateurs de bénignité ou de malignité (fig. 27.1, tableau 27.2). Un seul signe de malignité suffit pour imposer la poursuite des investigations.

 

Tableau 27.2 : Arguments radiographiques en faveur de la nature bénigne ou maligne d’une lyse osseuse d’allure tumorale.

  Bénignité Malignité
Limites Nettes Floues
Zone lytique Liseré condensé périphérique Ostéolyse à bords flous (« mitée » ou « vermoulue »)
Corticales Respectées Rompues ou érodées
Périoste Non visible
Apposition périostée unilamellaire
Appositions périostées :
– plurilamellaires (« bulbe d’oignon »)
– spicules +++ (« feu d’herbe »)
Parties molles Normales Tuméfaction possible

 

Fig. 27.1. Caractéristiques radiographiques des tumeurs osseuses.
D’après B. Tomeno.

 

COFER



Il faut ajouter à ces critères :

  • l'évolution lente (bénignité) ou rapide (malignité) ;
  • le caractère multiple des images tumorales, plutôt évocateur de malignité à quelques exceptions près (ostéochondromes et enchondromes).

Cas spécifique des lésions vertébrales


Devant une fracture vertébrale, les principaux signes radiographiques de malignité sont les suivants :

  • localisation : fracture d’une vertèbre au-dessus de T4 ;
  • ostéolyse localisée de la corticale ou du spongieux ;
  • non-visualisation du pédicule d’une vertèbre sur un cliché radiographique de face (vertèbre dite « borgne ») (cf. infra fig. 27.6) ;
  • fracture asymétrique de la vertèbre de face (hors zone de courbure d’une scoliose) ;
  • déformation (bombement) ou rupture du mur postérieur ;
  • hétérogénéité de la trame osseuse.

 

2.4 - Autres examens d'imagerie

En cas d'image suspecte de malignité, des examens d'imagerie complémentaires devront être réalisés pour :

  • mieux caractériser la lésion ;
  • identifier le retentissement local (fragilisation de l'os, menace sur les structures neurologiques ou vasculaires adjacentes) ;
  • guider la biopsie.

2.4.1 - IRM

L’IRM permet de caractériser plus précisément la tumeur, sa topographie et son extension éventuelle dans les parties molles, l’analyse de la matrice tumorale (ossifiante, cartilagineuse, kystique, graisseuse…) et le risque de complications fracturaires ou neurologiques (en cas de lésion vertébrale ; fig. 27.2.).

Fig. 27.2 : Métastase de L3 (carcinome épidermoïde pulmonaire).

COFER


Hyposignal du corps vertébral de L3 en séquence T1, se rehaussant après injection de produit de contraste, en hypersignal en STIR, et envahissement des parties molles en coupe transver-sale

2.4.2 - Tomodensitométrie (scanner)

La TDM peut préciser les caractères de l’atteinte osseuse (rupture corticale, présence d’appositions périostées, type de matrice osseuse) et rechercher un envahissement des parties molles. Elle permet d’évaluer le risque fracturaire et la stabilité au niveau d’un rachis métastatique et de guider une éventuelle biopsie.

2.4.3 - Scintigraphie osseuse

La scintigraphie osseuse au technétium permet de rechercher des localisations (hyperfixations) osseuses multiples, orientant vers un processus tumoral métastatique.

La scintigraphie osseuse couplée à un scanner permet d’analyser de façon plus précise les anomalies.

Les lésions très ostéolytiques peuvent être source de faux négatifs (par exemple, myélome multiple

2.5 - Biopsie

La réalisation d’une biopsie par voie percutanée sous contrôle radiographique ou scanographique ou par voie chirurgicale est l’examen clé du diagnostic.

En cas de suspicion de tumeur osseuse primitive maligne, il est important que le patient ait une prise en charge d’emblée en centre de référence au sein d’une réunion multidisciplinaire spécialisée (RCP). La biopsie devra être tatouée et réalisée selon une voie prédéfinie avec le chirurgien. En effet, en cas de lésion maligne primitive (sarcome), ce dernier devra réséquer les tissus sur le trajet du trocart, lequel peut être envahi par des cellules tumorales (dissémination sur le trajet de biopsie).

L’analyse comprendra systématiquement une analyse histologique (incluant un immunomarquage) et une analyse bactériologique (germes banals et mycobactéries) à visée de diagnostic différentiel.

3 - Tumeurs primitives

Ce sont généralement des tumeurs du sujet jeune.

3.1 - Tumeurs bénignes

Elles répondent fidèlement à l’ensemble des critères radiologiques simples énumérés ci-dessus et se différencient selon leur siège sur la pièce osseuse.

3.1.1 - Localisations métaphysaires des os longs

Fibrome non ossifiant

Le fibrome non ossifiant, ou « cortical defect », est une lésion métaphysaire, corticale, excentrée, rencontrée chez les enfants et les adultes jeunes. Elle est cernée d’un liseré de condensation périphérique et régresse en se calcifiant avec l’âge.

Exostose et enchondrome

  • L’exostose (ou ostéochondrome), tumeur sessile ou pédiculée réalisant une image d’addition, naît perpendiculairement à la métaphyse et se dirige vers la diaphyse. Elle est dotée d’une coiffe cartilagineuse parfois calcifiée. Elle est asymptomatique. La survenue de douleurs inflammatoires doit faire craindre une dégénérescence sarco-mateuse qui ne se produit guère que dans les formes multiples.
  • L’enchondrome (ou chondrome), tumeur à différenciation cartilagineuse, se développe au centre de l’os (métaphysaire), le plus souvent dans les os distaux, réalisant une ostéolyse bien limitée parsemée de calcifications annulaires ; les formes rhizoméliques sont les plus susceptibles de dégénérer ; il existe des formes multiples.

Ostéome ostéoïde

L'ostéome ostéoïde a un siège métaphysaire ou diaphysaire :

  • il est cortical, médullaire ou sous-périosté ;
  • il dessine une image lytique centrale de petite taille (nidus) parfois calcifiée en son centre, entourée d’une importante sclérose réactionnelle intéressant parfois la corti-cale (fig. 27.3) ;
  • il est la cause de douleurs nocturnes, typiquement bien calmées par les AINS, notamment l’aspirine.

 

Fig. 27.3 :Ostéome ostéoïde du col fémoral (scanner) : ostéolyse ovalaire avec calcification centrale (nidus) et ostéosclérose périphérique.

COFER

Dysplasie fibreuse

  • La dysplasie fibreuse est une tumeur métaphysaire, touchant en premier lieu le col fémoral ou les côtes ; elle est en général de découverte fortuite.
  • Sa présentation radiologique est hétérogène avec l’aspect le plus fréquent sous la forme d’une image en « verre dépoli », avec condensation périphérique (fig. 27.4).
  • L’atteinte osseuse peut être monostotique ou polyostotique ; elle peut faire partie du syndrome de McCune-Albright avec taches cutanées « café au lait » et manifestations endocriniennes (notamment diabète phosphaté par sécrétion inappropriée de FGF-23).
  • Elle peut dégénérer dans de très rares cas.

 

Fig. 27.4 : Dysplasie fibreuse du col fémoral (radiographie).

COFER

 

3.1.2 - Localisations épiphysaires des os longs

Chondroblastome

Le chondroblastome bénin, à différenciation cartilagineuse, réalise une image kystique parsemée de calcifications ; il a tendance à détruire progressivement l’épiphyse, nécessitant alors sa résection et son remplacement prothétique.

Tumeur à cellules géantes

La tumeur à cellules géantes, par son agressivité, peut également aboutir à la destruction de l’épiphyse et, paradoxalement, pour cette tumeur qui reste bénigne sur le plan cytologique, à l’envahissement des parties molles, voire à des métastases pulmonaires. Elle doit être différenciée d’une tumeur brune parfois rencontrée dans les hyperparathyroïdies primitives évoluées, histologiquement très proches.

3.1.3 - Prise en charge des tumeurs osseuses primitives bénignes

Le traitement des tumeurs primitives bénignes est généralement simple :

  • respect des exostoses asymptomatiques ;
  • surveillance des enchondromes des ceintures et ablation monobloc sans ouverture de la pièce au cas où ils deviennent douloureux ;
  • ablation des ostéomes ostéoïdes si possible par technique percutanée ;
  • surveillance des tumeurs à cellules géantes avec chirurgie (parfois lourde) pour les lo-calisations douloureuses ou à risque fracturaire.

3.2 - Tumeurs malignes

Le bilan radiologique va permettre d'orienter le diagnostic, mais seule la biopsie pourra le confirmer et permettra d'adapter le traitement.

3.2.1 - Chez l'adolescent et l'adulte jeune

Ostéosarcome

  • L'ostéosarcome est la tumeur primitive la plus souvent en cause.
  • Il siège le plus souvent près du genou.
  • L’aspect radiologique peut être ostéolytique, ostéocondensant ou mixte, avec une image périostée en « feu d’herbe » (fig. 27.5).
  • Les critères de malignité radiologiques sont généralement facilement mis en évidence et doivent faire adresser le jeune patient en milieu spécialisé (RCP sarcome).
  • Il sera pratiqué un bilan d'extension par IRM sur l'os atteint, une recherche de métastases pulmonaires et une biopsie par le même chirurgien qui assurera ultérieurement l'exérèse monobloc extratumorale tout en préservant la fonction du membre.
  • Le traitement chirurgical est encadré par une polychimiothérapie qui a transformé le pronostic.

 

Fig. 27.5 :Ostéosarcome de l'extrémité inférieure du fémur.

COFER



Sarcome d'Ewing

Le sarcome d’Ewing (tumeur à petites cellules neuroectodermiques [PNET] avec une translocation t(11;22)) réalise typiquement une lésion ostéolytique bordée d’une réaction périostée en « bulbe d’oignon ». L’âge moyen est de 13 ans.

3.2.2 - Chez l'adulte

Les trois tumeurs les plus fréquentes sont le chondrosarcome, le lymphome osseux primitif et le plasmocytome solitaire.

Chondrosarcome

Le chondrosarcome peut être primitif ou, plus rarement, se développer sur une exostose ou un enchondrome proximal. Il réalise une image lytique parsemée de calcifications avec extension aux parties molles adjacentes.

Lymphome osseux primitif

Le lymphome osseux primitif réalise une ostéolyse irrégulière et mouchetée, de diagnostic radiologique souvent difficile. L’IRM permet de mieux voir l’envahissement des parties molles.

Plasmocytome

Le plasmocytome solitaire est la tumeur osseuse maligne la plus fréquente. Il donne une image de lacune plus ou moins soufflée.

Le diagnostic est parfois évoqué sur l’existence d’un pic monoclonal sérique et doit être confirmé par la biopsie. Le myélogramme ou la biopsie ostéomédullaire ne montre pas d’infiltrat plasmocytaire (auquel cas, le diagnostic de myélome serait retenu).

4 - Tumeurs secondaires

4.1 - Épidémiologie

L’os est la troisième localisation métastatique après le poumon et le foie.

Les cancers qui métastasent le plus au squelette sont, par ordre de fréquence décroissante :

  • le sein ;
  • la prostate ;
  • le poumon ;
  • le rein ;
  • la thyroïde.

Les sites les plus touchés sont le rachis lombaire et thoracique, puis le bassin, les côtes, le sternum, les fémurs, les humérus et le crâne. Les métastases osseuses distales sont plus rares.

Les métastases sont le plus souvent multiples, mais toutes ne sont pas toujours symptomatiques.

4.2 - Circonstances de découverte

Le diagnostic est porté dans quatre circonstances différentes :

  • lorsque la métastase est révélatrice de la maladie cancéreuse ;
  • dans le bilan d'une hypercalcémie ;
  • lors du premier bilan d'extension exhaustif d'un cancer ;
  • lors du suivi de la pathologie cancéreuse, plus ou moins longtemps après le diagnostic.

4.3 - Diagnostic étiologique

Lorsque la métastase osseuse est inaugurale, il importe de rechercher son origine.

La première donnée est l’aspect radiologique de la métastase (fig. 27.6 et 27.7) :

  • une métastasecondensante chez l’homme oriente vers un cancer de la prostate (mais 25 % des métastases prostatiques sont lytiques) ;
  • une métastase mixte ostéocondensante et ostéolytique peut être le fait de très nom-breuses tumeurs, en particulier du sein ou du poumon ;
  • une métastase lytique pure oriente en premier lieu vers un cancer du sein, du rein, du poumon, de la thyroïde.

 

Fig. 27.6 :Métastases multiples condensantes et lytiques d'un cancer de la prostate (radiographie et scintigraphie osseuse).

COFER




Fig. 27.7 : Métastases multiples lytiques dans le cadre d'un cancer du sein (radiographie, scanner et IRM en séquence pondérée T2).

 

Lyse du pédicule gauche de la vertèbre L2 sur la radiographie de face, fracture vertébrale de L1 et surtout L2, avec recul du mur postérieur de L2 sur la radiographie de profil. Aspect mité du corps vertébral de L2 sur le scanner avec rupture corticale à plusieurs endroits. Envahissement des corps vertébraux de L1 et L2 avec effraction des murs postérieurs. 

Cependant, aucun aspect n’est spécifique.

L’interrogatoire joue un rôle déterminant, à la recherche :

  • de signes de complications fracturaires ou neurologiques (atteinte vertébrale) ;
  • de signes fonctionnels orientant vers le cancer primitif (tabagisme, hématurie, douleurs abdominales, etc.) ;
  • d'antécédents personnels et familiaux d'affections néoplasiques.

L’examen clinique comprend :

  • la recherche de complications neurologiques dans le cas d’une localisation vertébrale avec identification d’un syndrome lésionnel (douleur en hémiceinture, irradiation cru-rale ou sciatique, par exemple) et/ou sous-lésionnel (syndrome pyramidal par com-pression médullaire ou syndrome de la queue de cheval) ;
  • la recherche d’une lésion primitive par la palpation des seins, de la thyroïde, du foie, des fosses lombaires et de l’abdomen, des aires ganglionnaires, l’examen des tégu-ments (mélanome), la réalisation des touchers rectal (prostate, blindage pelvien) et vaginal (lésion utérine ou annexielle), et l’examen des testicules.

4.4 - Explorations complémentaires

4.4.1 - Biologie

Les examens biologiques courants ont un faible rendement diagnostique en dehors des rares syndromes paranéoplasiques orientant principalement vers un cancer du poumon.
On demandera systématiquement une électrophorèse des protéines sériques et un bilan phosphocalcique à la recherche d'une hypercalcémie.
En ce qui concerne les marqueurs tumoraux, sera effectué systématiquement un dosage des PSA chez l'homme (sensible et très spécifique au-dessus de 15 ng/ml).
En fonction du contexte, les seuls autres marqueurs utiles dans la recherche étiologique sont l’alphafœtoprotéine et la β-hCG chez les sujets jeunes, à la recherche d’une tumeur germinale non séminomateuse du testicule.

4.4.2 - Imagerie

  • Une radiographie du thorax et chez la femme une mammographie sont utiles à demander en première intention en cas de métastase osseuse révélatrice.
  • La scintigraphie osseuse de préférence couplée à un scanner (SPECT-TDM) permet d’identifier d’autres lésions métastatiques osseuses asymptomatiques ; mais elle peut être prise en défaut en cas de métastases osseuses purement lytiques.
  • La TDM thoraco-abdomino-pelvienne et/ou la TEP au 18FDG en cas de négativité du TAP sont à réaliser pour rechercher la lésion primitive ; elles permettent un bilan d’extension à la recherche d’autres localisations secondaires.
  • Dans de nombreux centres, scanner TAP et scintigraphie osseuse sont remplacés d’emblée par un PET-scan 18FDG qui procure les informations morphologiques et fonctionnelles « corps entier » de l’os et des tissus mous :..
    –  bien penser à demander le balayage jusqu’aux genoux pour ne pas manquer une lyse fémorale ;
    –   attention aux faux négatifs du traceur 18FDG ; c’est typiquement le cas du cancer de prostate pour lequel il faut choisir du PSMA ou de la choline.

4.4.3 - Biopsie

  • La biopsie osseuse a pour but de confirmer la nature maligne de la lésion osseuse et l’identification de la tumeur primitive ou du moins de préciser le type histologique de la tumeur primitive, en s’aidant également de marqueurs immunohistochimiques et de la biologie moléculaire.
  • Ces analyses permettront également pour certains cancers d’identifier des facteurs pronostiques de la réponse thérapeutique et de permettre des traitements ciblés.
  • Au terme des explorations, le cancer primitif reste méconnu dans environ 10 % des métastases osseuses révélatrices. Le rendement de la biopsie des lésions ostéocondensantes est faible.

5 - Traitement des métastases osseuses

La stratégie thérapeutique est discutée en réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP-OOS, réunion de concertation pluridisciplinaire d’oncologie osseuse secondaire) réunissant rhumatologues, oncologues, radiothérapeutes, radiologues interventionnels, chirurgiens orthopédiques et du rachis, médecins nucléaires.

L’objectif est de proposer une prise en charge personnalisée à chaque patient en utilisant les outils à notre disposition :

  • traitement oncologique systémique ;
  • traitements systémiques osseux (anti-résorbeurs osseux type dénosumab ou bisphosphonates) ;
  • traitement localisé de la métastase osseuse :
    –   chirurgie ;
    –   gestes de radiologie interventionnelle ;
    –   radiothérapie conventionnelle ou stéréotaxie ;
    –   contention/immobilisation/décharge.

Le raisonnement repose sur la démarche suivante (fig. 27.8) :

1. cartographie des lésions osseuses ;

2. pour chacune des lésions, appréciation de la douleur, du risque fracturaire, de la stabilité et du risque neurologique (compression médullaire, radiculaire, épidurite), afin de définir les lésions cibles ;

3. information sur la situation du patient et le programme oncologique par le cancérologue ;

4. état fonctionnel et souhait du patient.

 

Fig. 27.8. Algorithme décisionnel devant des métastases osseuses en vue de définir un programme personnalisé de prise en charge des métastases osseuses.

RCP-OOS : réunion de concertation pluridisciplinaire d’oncologie osseuse secondaire.

 

5.1 - Prise en charge symptomatique et prévention des complications fracturaires ou neurologiques

Dès le diagnostic évoqué, la prise en charge doit intégrer :

  • la prescription d'antalgiques adaptés à l'intensité de la douleur ;
  • la prévention des complications thromboemboliques ;
  • le traitement d'une hypercalcémie ;
  • l’appréciation de l’état général du patient et des comorbidités présentées ;
  • la mise en décharge des zones lytiques à risque de fracture en attente des recom-mandations de la RCP-OOS (repos au lit pour les atteintes vertébrales, cadre de marche).

5.2 - Traitements locaux

5.2.1 - Chirurgie

Chirurgie à visée carcinologique

Une chirurgie d’exérèse est parfois envisagée dans les rares cas de métastase osseuse unique, extirpable chirurgicalement et satellite d’un cancer que l’on espère pouvoir maîtriser.

Chirurgie à visée symptomatique

Il peut s'agir :

  • d’une chirurgie de décompression en cas de symptomatologie neurologique rapidement évolutive ;
  • de la prise en charge d’une fracture pathologique, de la stabilisation de lésions menaçantes en termes de fracture (au niveau d’un membre ou du rachis) ou de compression de structures adjacentes (compression neurologique en cas d’atteinte vertébrale).

5.2.2 - Traitements locaux percutanés

Les techniques de radiologie interventionnelle comportent des techniques :

  • de consolidation osseuse : cimentoplastie :
    –  cette technique est intéressante pour les forces en compression (bassin, rachis) mais pas pour les forces en cisaillement. Au niveau du rachis, on parle de vertébroplastie (injection de ciment dans le corps vertébral). La vertébroplastie peut être précédée éventuellement d’une ré-expansion vertébrale (kyphoplastie, crick, etc.) ou d’un vissage. L’effet antalgique est obtenu rapidement. Ces tech-niques peuvent être couplées à une biopsie dans le même temps ;
    –  les cimentoplasties peuvent être réalisées s’il n’y a pas d’instabilité vertébrale ou de compression neurologique ;
  • de destruction tumorale telles que la radiofréquence, la cryo-ablation.

5.2.3 - Radiothérapie

La radiothérapie conventionnelle a une place dans le traitement de la douleur. Elle a aussi un effet de consolidation, de décompression neurologique.

Elle doit également être effectuée en postopératoire pour limiter le risque de dissémination tumorale, réduire le risque de récidive et limiter le risque de débricolage du matériel.

La radiothérapie stéréotaxique permet de délivrer une plus forte dose avec précision, entraînant un effet antalgique prolongé ; elle peut être discutée actuellement en cas de territoire précédemment irradié ou en cas d’atteinte oligométastatique (d’emblée ou en cas de progression) avec une visée curative.

5.3 - Traitements systémiques

5.3.1 - Traitements oncologiques systémiques

  • L'hormonothérapie est souvent proposée lors du cancer du sein, en présence de récepteurs hormonaux, et du cancer de la prostate.
  • À côté de la chimiothérapie, de nouvelles thérapeutiques oncologiques prennent une place clé dans l’arsenal thérapeutique (immunothérapie antitumorale, anti-angiogéniques, thérapies ciblées en présence d’une altération moléculaire oncogé-nique au sein de la tumeur).

5.3.2 - Radiothérapie métabolique

La radiothérapie métabolique peut agir à la fois sur la tumeur primitive et sur ses métastases :

  • iode radioactif des formes curables de cancers thyroïdiens après thyroïdectomie et éventuelle chirurgie de réduction tumorale et stimulation par la TSH ;
  • strontium-89, samarium-153 au cours des métastases hormonorésistantes du cancer de la prostate ;
  • plus récemment, étude du dichlorure de radium-223.

5.3.3 - Anti-résorbeurs osseux

Les traitements inhibiteurs de la résorption osseuse : injections mensuelles par voie intraveineuse de bisphosphonates (acide zolédronique 4 mg) ou par voie sous-cutanée d’anticorps monoclonal anti-RANK ligand (dénosumab 120 mg), ont montré leur efficacité pour diminuer et retarder la survenue des complications des métastases osseuses (survenue de fracture pathologique, de compression médullaire, nécessité d’une radiothérapie à visée antalgique ou d’une chirurgie osseuse, survenue d’une hypercalcémie).

5.4 - Soins de support

Une prise en charge globale intégrant un accompagnement psychologique et des thé-rapeutiques non médicamenteuses doit être proposée à la fois au patient et à ses ai-dants.

5.4.1 - Traitement antalgique

Ce traitement fait rapidement appel aux antalgiques antinociceptifs opioïdes faibles ou forts.

Les co-analgésiques sont d’un appoint précieux :

  • les AINS sont souvent efficaces ;
  • dans les douleurs neurogènes, on peut faire appel aux neuroleptiques et aux anticonvulsivants ;
  • les anxiolytiques et antidépresseurs ont également leur utilité dans ce contexte ;
  • les corticoïdes sont utiles pour réduire les conséquences des compressions nerveuses ; ils s’utilisent à fortes doses et sur une durée courte (action anti-œdémateuse).

5.4.2 - 2. Contention, immobilisation, décharge

L’utilisation d’un corset rigide peut être utile pour reverticaliser un patient ayant des métastases rachidiennes dans l’attente de l’efficacité de la prise en charge osseuse et de la consolidation lésionnelle.

Moyen mnémotechnique pour caractériser une lésion osseuse « LUPATA »

  • Lytique ou pas.
  • Unique ou multiple.
  • Périoste (unilamellaire, « bulbe d’oignon », « feu d’herbe »).
  • Age.
  • Topographie :
    – topographie au sein du squelette (axial, proximal, distal) ;
    – topographie de départ (diaphyse, métaphyse, épiphyse) ;
    – topographie dans l’os (médullaire, corticale, périoste, para-ostéal).
  • Additionnels critères :
    – caractère inflammatoire en IRM ;
    – corticale soufflée ;
    – contenu : trabéculations, niveau liquide ;
    – contours : flous, nets, denses, etc.



Légende :

Dans le respect de la Réforme du deuxième cycle des études médicales (R2C), les connaissances rassemblées sur ce site sont hiérarchisées en rang A, rang B et rang C à l'aide de balises et d'un code couleur :
Connaissances fondamentales que tout étudiant doit connaître en fin de deuxième cycle.
Connaissances essentielles à la pratique mais relevant d'un savoir plus spécialisé que tout interne d'une spécialité doit connaître au premier jour de son DES.
Connaissances spécifiques à un DES donné (troisième cycle).